Globe and Mail
Sarah Boesveld est directrice du plaidoyer à YWCA Toronto. Pamela Uppal est conseillère en politiques au Réseau des organismes sans but lucratif de l’Ontario. Carolyn Ferns est coordinatrice des politiques à la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance.
Après des mois de spéculation, c’est officiel : les Canadiens se rendront aux urnes en septembre, un mois traditionnellement marqué par le retour des boîtes à lunch, de l’école et des services éducatifs à l’enfance. C’est le moment des routines, des systèmes qui fonctionnent.
C’est exactement ce que les Canadiens ont désiré depuis que le monde que nous connaissions a été bouleversé en mars 2020. Plus d’une année de fermetures d’écoles et de centres éducatifs à l’enfance et l’incertitude persistante ont sonné le réveil. Pour ceux qui ne savaient pas déjà que les services éducatifs à l’enfance sont essentiels pour les parents et l’économie, cela est devenu parfaitement clair pendant la pandémie. Si clair que des organisations commerciales comme la Chambre de commerce du Canada se sont jointes aux défenseurs de longue date des services éducatifs à l’enfance pour les identifier comme clés de notre reprise économique, particulièrement pour favoriser le retour des femmes sur le marché du travail.
C’est pourquoi l’élection fédérale de 2021 doit porter sur les services éducatifs à l’enfance – comment les bâtir et comment les financer. Nous sommes à la croisée des chemins en ce qui concerne l’avenir post-pandémique que nous souhaitons pour le Canada en termes de création des meilleures bases pour nos enfants. Voulons-nous un système de services éducatifs à l’enfance financé publiquement qui soutiendra à la fois le développement des enfants et stimulera l’économie ? Ou nous contenterons-nous de crédits d’impôt dans un marché fragmenté ?
Pour peut-être la première fois, il existe un large consensus public et politique sur l’existence d’une crise des services éducatifs à l’enfance à l’échelle du Canada. Mais il y a aussi, enfin, un consensus grandissant sur la façon de résoudre cette crise. Nous sommes peut-être à la croisée des chemins, mais nous avons enfin une feuille de route.
La course électorale fédérale a débuté alors que huit provinces et territoires ont signé des ententes sur les services éducatifs à l’enfance avec le gouvernement fédéral, y compris trois provinces dirigées par les Conservateurs – l’Î.-P.-É., le Manitoba et la Saskatchewan. Avec 30 milliards de dollars sur la table de la part d’Ottawa, les provinces réfléchissent sérieusement à une nouvelle approche des services éducatifs à l’enfance : le financement des services.
Voici ce que nous savons : les crédits d’impôt et les déductions sont des outils politiques privilégiés par de nombreux gouvernements, mais ils ne créent pas de places en services éducatifs à l’enfance ni de systèmes de garde fiables. Et le « système » de services éducatifs à l’enfance principalement axé sur le marché, tel qu’il existe, ne fonctionne pas. Dans la plupart des régions du pays, particulièrement dans nos grandes villes, les frais de garde sont inabordables. Les places sont trop peu nombreuses, surtout dans les zones rurales et les quartiers à faible revenu. Le secteur, qui dépend du travail des femmes racisées à faible revenu, souffre d’une pénurie chronique de main-d’œuvre causée par des salaires chroniquement bas. Les crédits d’impôt et les déductions ne peuvent pas résoudre ces problèmes. Nous avons emprunté cette voie pendant des décennies, et elle ne nous a pas menés au système dont nous avons besoin aujourd’hui.
Voici ce que la pandémie nous a appris : lorsqu’il n’y a pas de services éducatifs à l’enfance disponibles, les femmes quittent massivement le marché du travail. Des arrangements informels et peu fiables sont improvisés. Les enfants se retrouvent dans des situations moins stables, moins sécuritaires et beaucoup moins éducatives. Les services éducatifs à l’enfance sont non seulement essentiels pour que les parents puissent travailler, mais aussi pour qu’ils puissent retourner aux études ou suivre des programmes de formation et de développement des compétences afin de trouver un emploi, ce qui sera crucial pour la reprise post-pandémie.
La pandémie nous a également appris qu’avec une volonté politique, un nouveau type de système de services éducatifs à l’enfance est possible. Il suffit de regarder les services de garde d’urgence offerts aux travailleurs de première ligne dans de nombreuses provinces. Le gouvernement fédéral s’est engagé à augmenter le nombre de places en services éducatifs à l’enfance dans les secteurs sans but lucratif et public car ils réinvestissent leurs profits dans les programmes et le personnel, ce qui protège ultimement la qualité des soins. Le secteur privé a un programme très différent, axé sur le profit. Nous ne voulons pas que ce qui s’est passé dans nos établissements de soins de longue durée se reproduise dans nos centres éducatifs à l’enfance. Les organismes sans but lucratif et le secteur public sont bien positionnés pour offrir une variété de choix flexibles et de haute qualité en matière de services éducatifs à l’enfance qui ne compromettent pas la qualité des soins, la sécurité et les conditions de travail.
Les contribuables qui s’inquiètent de nos finances publiques peuvent voir les choses ainsi : des décennies de données probantes du Québec indiquent que leur système de services éducatifs à l’enfance a augmenté le PIB de la province de 1,7 % tout en offrant un retour sur investissement aux deux paliers de gouvernement, compensant leurs coûts de financement initiaux.
Alors, lorsque les démarcheurs frapperont à votre porte cet automne, posez-leur cette question sur les services éducatifs à l’enfance : Quel est leur plan et comment préparera-t-il le meilleur avenir possible pour nos enfants ? Comment facilitera-t-il la fondation d’une famille et la construction d’une vie, pour vous ou pour vos petits-enfants ? Ce pays est à la croisée des chemins en matière de services éducatifs à l’enfance, et la direction que nous prendrons sera déterminée dans les urnes le 20 septembre.

